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 7 juin 2012 - Conférence de Christian Lardier sur le programme spatial nord-coréen

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Spacemen1969
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MessageSujet: 7 juin 2012 - Conférence de Christian Lardier sur le programme spatial nord-coréen   Jeu 7 Juin - 23:32

Ce soir, Christian Lardier a donné une conférence pour l'3AF à Paris concernant le programme spatial nord-coréen.

Il a été un des rares journalistes occidentaux à être inviter en Corée du Nord en avril dernier pour le lancement d'Unha 3.

Il nous a parlé du programme passé, actuel et futur de la Corée du Nord. De sa visite et de ses impressions.

Je vous ferai un petit résumé dans un prochain post (le temps de le rédiger) Wink
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Spacemen1969
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MessageSujet: Re: 7 juin 2012 - Conférence de Christian Lardier sur le programme spatial nord-coréen   Ven 8 Juin - 19:30

Voici un petit résumé de la conférence de Christian Lardier. Une bonne partie se retrouve dans l'article publié dans Air & Cosmos, mais il y a aussi pas mal d'autres infos Wink J'ai essayé d'illustrer un peu Wink



Historique du programme spatial Nord-Coréen

Dans les années 50, les soviétiques développèrent le Scud. Le Scud était lui-même tiré du missile R-17 Elbrus développé par Makaïev en 1958. Le Scud reprend un peu le principe d’un missile allemand de la seconde guerre mondiale.

Il y a eu environ 600 à 1 000 missiles Scud de fabriqués. La moitié a été livrée en Iran (d’où est tiré le Sharab 1 et 2), et une partie en Egypte, Syrie, Lybie, Pakistan, etc…

C’est justement par l’Egypte que la Corée du Nord obtient des Scud entre 1978-1980.

Les ingénieurs de la Corée du Nord commencent à transformer un Scud-B qui prendra le nom de Hawsong-5. Hawsong-5 avait une portée de 300 km. Le 1er vol s’est déroulé en 1984 avec une production en série sortie de l’usine n° 125.

Ensuite, il y a eu la transformation d’un Scud-C qui pris le nom de Hawsong-6 avec un premier vol en 1990 et une portée de 500 km.

L’Iran aidant régulièrement la Corée du Nord, on trouve certaines similitudes entre le Sharab iranien et le Hawsong nord-coréen.


Le Nodong

C’est un missile.
Développé en 1988 et testé sur le site de Musudan-Ri, dans l’est du pays, en 1990.
Produit en 1991. Et collaboration avec l’Iran dès 1992.
Le premier tir opérationnel s’est déroulé en 1993, avec un nouveau moteur d’une poussée de 28 tonnes pour une portée de 1 300 km.

D’ailleurs le chiffre 28 tonnes de la poussée sera très important par la suite.


Le Taepo Dong-1

Avec ce missile, on commence à entrer dans le domaine spatial. Celui-ci servira de lanceur.

Le Taepo Dong-1 est un assemblage composé d’un Nodong et d’un Hawsong ainsi que d’un 3ème étage à base d’ergols solides (similaire au FG-23 chinois).

La masse est de 26 tonnes avec une poussée de 28 tonnes pour une portée de 2 500 km. Il ressemble au Safir iranien.

Le 31 août 1998, le lancement du satellite KwangMyongSong 1 (KMS 1) est un échec. Destruction à la 266ème seconde de vol. Il est lancé du site de Musudan-Ri. Ce sera le seul lancement d’un Taepo Dong-1.
Pourtant, Pyong Yong déclare que la mise en orbite de ce satellite de 15kg est réussie, alors qu’il n’y a aucune trace de ce satellite ou preuve de mise en orbite réussie. La Corée du Nord se base sur de vagues informations fournies par une station radio russe de Sibérie orientale. Mais rien ne vient étayer cette réussite. En fait, d’après Christian Lardier, la Corée du Nord ayant annoncé prématurément la réussite du lancement se trouva ‘’coincé’’ par ce mensonge et donc, ne peut plus revenir sur cette information.




Le site de Musulan-Ri

Ce site a été construit en 1988 avec une plateforme de tir pour Taepo Dong-1 de 25 mètres de haut, utilisé en 1998 (voir ci-dessus), puis une plateforme de tir pour Taepo Dong-2 de 30 mètres de haut construit vers 1999-2000.

Puis, il y a eu un arrêt total des activités entre 1999 et 2003. Une famine importante a sévît en Corée du Nord et a décimée une partie de la population. Pour la première fois, la Corée du Nord a été obligé de faire appel à l’aide humanitaire internationale. Certaines contreparties avaient été exigées, dont l’arrêt complet du programme de missiles.

Il y a une reprise des activités en 2004. Puis, le premier vol d’un Taepo Dong-2 en 2006 pour un essai à usage militaire.


Taepo Dong-2

Peu d’informations disponibles à son sujet.

D’après des sources américaines, la portée serait de 4 000 km pour une ogive de 1 tonne.

Le Taepo Dong-2 est composé de 4 Nodong qui donne une poussée de 28 tonnes (similaire au YF-2A de la LM chinoise).

Le 2ème étage serait à ergols liquides mais personne n’a jamais vu le moteur. On parle d’un moteur Safir iranien tiré du R-27, mais pas de preuves.

Il y aurait la même chambre de combustion à tous les étages, comme les modèles russes, mais il est possible que cela soit un autre moteur développé en Corée du Nord même.

Le premier lancement spatial d’un Taepo Dong-2 s’est déroulé le 5 juillet 2006. Cela a été un échec avec une explosion après 40 secondes.

Concernant son emploi de missile, il est exclu qu’il dispose d’une bombe miniaturisée (pas de technologie pour cela). C’est pourquoi la portée du missile doit être prise en considération avec le poids de la charge.


UHNA-2

Il s’agit d’un assemblage d’un Taepo Dong-2 ainsi que d’un 3ème étage à ergols solides (type FZ-28 chinois).

Le premier lancement s’est déroulé le 5 avril 2009 avec une charge supposée de 150 kg pour le satellite KwangMyongSong 2 (KMS-2).

Echec du lancement causé par une non-séparation des 2ème et 3ème étages. La chute s’est déroulée à 3 850 km dans la Pacifique.

Les américains ont très bien suivi le lancement.

Parmi tous les lancements, celui-ci est parmi les plus réussis.




UHNA-3

Le lancement s’est déroulé le 13 avril 2012.

C’est à cette occasion que la Corée du Nord a invité des journalistes à assister à ce lancement et à ‘’ouvrir’’ les portes du programme spatial Nord-Coréen.

UHNA-3 est une fusée à 3 étages de 30 mètres de haut et de 2,5 mètres de diamètre.

Une masse de 91 tonnes au décollage pour une poussée de 120 tonnes.

Personne ne peut dire quel type d’ergols a été utilisé pour ce lanceur : Peroxyde d’azote (N204-UDMH) au lieu d’acide nitrique ? Il n’y a eu aucune image du décollage qui aurait permis de savoir le type d’ergol utilisé !

Le 3ème étage est plus performant.

Echec au bout de 60 secondes. Aucunes images fournies.

Le lanceur devait mettre en orbite le satellite KwonMyongSong 3 (KMS 3) d’une masse de 100 kg qui possédait une caméra de 100 mètres de résolution.

Lors de la visite des journalistes, le satellite était dans le bâtiment d’intégration alors que la coiffe était mise sur la lanceur. Beaucoup ont suggéré que cela pouvait être une maquette qui a été présenté.

Mais il est tout a fait probable que l’intégration du satellite sur le lanceur se soit faite la veille ou peu de temps avant le lancement. A moins qu’une autre charge utile n’ai été mise dans la coiffe.

La veille du lancement, la tour de lancement avec la fusée a été entièrement bâché pour la cacher.


TongChong-Ri

Création de ce centre de lancement à l’ouest du pays entre 2006 et 2009. L’inauguration a été faite le 6 juillet 2009.

Christian Lardier nous a décrit ce centre de lancement.

On imagine les étages du lanceur viennent par train de Pyong Yong, puis est transféré par route vers le centre d’intégration. Les rails s’arrêtent devant l’entrée.

Les autorités avaient fourni des plans aux journalistes, mais ils n’étaient pas vraiment justes. Christian Lardier, pour Air & Cosmos, a publié un plan plus proche de la réalité.

Au niveau de centre d’intégration, on ne peut réellement travailler que sur un seul lanceur à la fois, même s’il y a de la place pour deux.

Le centre d’intégration se trouve à 5 minutes à pied de la plateforme de lancement.

Le site est réellement petit.


Centre de tir de TongChong-Ri

A part le bâtiment d’intégration, la plateforme de lancement et le centre de tir, tous les bâtiments de TongChong-Ri sont des bâtiments d’habitation.

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est l’absence totale d’antennes de tracking. Il n’y a pas de contrôle de direction par antenne. Au centre de tir même, il y a un bouton rouge pour la destruction du lanceur mais dont la portée doit être faible pour pouvoir être reçue par la fusée.
A la question de savoir comment les ingénieurs nord-coréens faisaient en cas de problème lors du lancement, ils répondirent qu’il y avait un système d’autodestruction interne à Uhna-3 qui se déclencherait en cas de souci et qui était déclenché par rapport aux mesures de tangage de la fusée.

Le centre de tir est en lui-même très dépouillé, rustique.


Le Centre de Contrôle de Pyong Yong

Il se trouve dans le nord de la capitale et a été inauguré en 2009. Il est lui aussi très rustique et très dépouillé. Les systèmes informatiques utilisés ne sont pas connus. Aucune indication ne permet de savoir à quel genre d’ordinateurs on a affaire.



Le lancement du 13 avril 2012

Echec… le couloir de lancement était très étroit afin de ne pas survolé la Corée du Sud ou le Japon. La fusée est tombée à 200 km des côtes sud-coréennes.

Christian Lardier, ainsi que les autres journalistes, n’ont appris l’échec que par les médias étrangers. Les nord-coréens se sont enfermés dans un mutisme total. Et n’ont donné aucunes informations ou images. Les seules informations que nous ayons de ce lancement, viennent des médias étrangers.


Programme 2012 – 2017

En Corée du Nord, tout est planifié suivant un plan quinquennal.

Le programme est annoncé comme suit :
- Lancement d’un nouveau satellite d’imagerie optique à très haute résolution. La Corée du Nord a besoin d’avoir ce genre de satellite pour pouvoir simplement observer son territoire, et l’aider à prévenir ou intervenir en cas de catastrophe naturelle. Comme de nombreux autres pays.
- Développement d’un satellite de télécommunications géostationnaire. La position de celui-ci a déjà été réservée auprès de l’IUT.
- Développement d’un lanceur lord jusqu’à 400 tonnes pouvant être lancé de TongChon-Ri.

Le réalisme de ce plan est posé. Personne n’en sait vraiment rien. Ce sont les ambitions affichées par le plan quinquennal.

On peut imaginer un lancement d’une Uhna-4 d’ici ou vers 2015. Mais pour le reste, on en restera certainement à une étude de développement mais le lanceur ne sera pas réalisé sur ce plan quinquennal. Peut-être sur le prochain.

Il existe une compétition certaine entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. La Corée du Sud a échoué aussi, par deux fois, lors de ses lancements spatiaux. La Corée du Sud utilise une technologie russe (Angara 1 modifiée)


Les Missiles Balistiques Nord-Coréens

Les derniers missiles balistiques ont été dévoilés lors du Défilé d’avril 2012. Christian Lardier et ses confrères ont pu librement faire des photos des engins présentés lors de ce défilé, et donc observer de plus près certains des missiles. Une analyse a pu être faite.

On a pu voir

KN-02 : issu du missile russe Totchka (SS-21) avec une portée de 120 km. Les premiers modèles ont été opérationnels vers 2004-2005

KN-07 ou Musudan : Dérivé du R-27 apparemment (SSN-5) mais le modèle présentait plusieurs différences.
Une longueur de 12 mètres au lieu de 9 et une portée théorique de 2 500 km et une poussée de 23 tonnes annoncée. Mais il n’a jamais volé.
Le SSN-5 est un missile russe à moteur immergé, et les russes n’ont jamais donné à quiconque la technologie de moteur immergé. Donc, il y a un moteur classique, ce qui expliquerai la dimension plus grande du Musudan.

KN-08 : Il mesure 19 mètres de long pour un diamètre de 2 mètres environ.
Il y a un 3ème étage et il n’y avait aucun moteur et de gouvernes apparentes
Il aurait ou pourrait avoir une portée de 4 000 km avec une ogive d’une tonne. Les Etats-Unis considèrent ce missile comme un ICBM, et successeur du Tao Dong-2.
Les modèles présentés lors du défilé étaient probablement des maquettes.
Ce missile n’aurait jamais volé. Mais on n’en sait vraiment pas plus sur ce missile dont c’était la première apparition public lors de ce défilé.
S’agissait –il d’une maquette ? d’un modèle de développement ?
Ergols liquides ou solides ? Christian Lardier penche pour une propulsion liquide (IRVM). Il y a plusieurs trappes de remplissage ( ?) de visible.
Ce missile ressemble assez au missiles chinois FD-31 (KT-1 dans sa version spatiale). Mais, lui, est à propulsion solide.


La conférence s’est terminée par une série de questions du public auxquelles Christian Lardier à répondu. Voici quelques-unes des questions et des réponses.

• Informatique utilisé ?
Aucune information, aucune donnée sur les technologies informatiques utilisées.

• Ambitions officielles du programme spatial nord-coréen ?
Essentiellement pour de l’imagerie spatiale devant servir à une surveillance géographique du territoire, pour prévenir les catastrophes naturelles par exemple. Ils sont à la recherche d’une meilleure résolution car on peut convenir que pour l’instant, l’imagerie qu’ils avaient à 100 mètres de résolution n’aurait pas été très efficace, et que contrairement à certaines accusations, ce n’est pas avec ce genre de résolution (100 m) que l’on peut réellement espionner.

Ils sont déterminés et iront jusqu’au bout de leurs ambitions spatiales. L’agitation des pays et les menaces, les discours de l’ONU, ne les feront pas changer de leur route.
MAIS, ils se heurtent à un problème majeur, à savoir les moyens de cette ambition. La Corée du Nord n’a pas d’argent. Mais comme le pays est géré en complexe militaro-industriel, il leur faudra du temps, mais pourrait y arriver. Ils sont dans la même situation que l’Iran, qui, a de l’argent, et a donc pu se développer plus vite, mais comme leurs chemins sont parallèles, et bien ils devraient, au final, y arriver.

• Stations de poursuites ?
Il n’y en aurait que 4 sur tout le territoire pour pouvoir suivre un satellite en orbite, mais aucune pour suivre la trajectoire. On dirait que les fusées sont tirées comme des missiles.

• Connaissances au niveau des moteurs ?
Ils ont une bonne connaissance des moteurs à propulsion liquide. Ils font des essais moteurs et ont des bancs d’essais moteur. Ils n’ont que très peu de connaissance, pour l’instant, au niveau de la propulsion solide. Mais ils pourraient rattraper ce retard avec le temps (un peu comme l’URSS a une certaine époque).

• Parler un peu de l’expérience sur place ? Conditions de travail ?
Il y avait des médias du monde entier, principalement des médias TV de grandes chaines. Il n’y avait que 2 experts invités : Christian Lardier et son collègue américain James Oberg parmi les 100 personnes invitées.
En fait, ils étaient surtout invités pour le défilé. Pour la visite des installations spatiales, nous étions moitié moins. Les visites ont été correctes et pas de restrictions, si ce n’est de laisser son portable. Mais nous avions accès à une salle de presse avec un réseau internet et des téléphones, en accès total. J’avais peur que nos cartes mémoire photos soient contrôlées, mais non, nous avons pu tout photographier et tout ramener. Pour les questions, ils ne répondaient à ce qu’ils voulaient, mais nous avons pu poser toutes les questions, sans toujours obtenir de réponses.

Fin de la conférence…
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